Dans le texte de
Diderot, Suzanne Simonin, bâtarde, est envoyée au couvent
pour expier le
péché de sa mère. Celle-ci espère quen
contraignant sa fille à mener lexistence cloîtrée
dune
religieuse, elle gagnera le repos éternel quelle a perdu
en fautant avec son amant. Suzanne se
débat en vain contre cette injustice, et lutte pour échapper
à la cellule « (
) où les journées se
passent à mesurer la hauteur des murs. » En vérité,
Suzanne est punie dun état dont elle nest
pas responsable : sa bâtardise. Elle est non seulement confinée
dans un couvent mais surtout
dans une identité et un destin. Cest peut-être le
pire : être enfermée à lintérieur de
soi-même.
Lhistoire de cet enfermement se passe à la fin du XVIIIe
siècle, dans une institution religieuse,
mais a pourtant une résonance contemporaine. Si notre époque
a développé ses propres
modalités pour circonscrire ses indésirables, la lutte
de ceux qui essaient de sévader garde la
virulence du combat de Suzanne Simonin, deux siècles auparavant.
Parce quune cellule restera
toujours une cellule, quel que soit le système qui la générée.
Anne Théron confie linterprétation
de toutes les femmes qui jalonnent le récit de Suzanne Simonin
à la magnifique comédienne,
Marie-Laure Crochant. Grâce à une astucieuse scénographie
de Barbara Kraft une immense
étoffe blanche, tout à la fois camisole et membrane, qui
enveloppe lactrice lespace épuré est
entièrement dédié au travail indissociable du corps
et de la voix pour un spectacle hypnotique.
Production Compagnie Les productions Merlin ; Théâtre de
la Commune, Centre dramatique national Aubervilliers
avec le soutien en 2012 pour sa reprise du TU de Nantes.